Interview pour La Nouvelle République Deux-Sèvres

Interview pour La Nouvelle République Deux-Sèvres

Interview pour La Nouvelle République Deux-Sèvres

Avez-vous été surpris par l’ampleur du malaise que traduisent les Gilets jaunes ?

Guillaume Chiche, député LREM de la 1re circonscription. « Surpris par la forme qu’a prise le mouvement, oui. L’Histoire de France est jalonnée de mobilisations populaires conduites par des corps intermédiaires. Cette mobilisation en dehors de tout cadre institutionnel, surprend. Je le suis moins sur le fond. Sur le terrain, je vois des impatiences légitimes. Une partie de notre élection s’est faite sur une grosse attente et cette attente s’est accentuée depuis l’élection. »

C’est donc que quelque chose ne fonctionne pas depuis le début du quinquennat ?

« Depuis le début, on a fait des réformes pour les Français mais pas avec les Français. On a eu la naïveté de croire qu’on pouvait dépasser les partis traditionnels et bouleverser l’échiquier politique, sans réinventer le dialogue citoyen. Je n’ai de leçon à donner à personne mais à chaque réforme importante, j’ai réuni systématiquement tous les acteurs concernés dans les Deux-Sèvres. J’ai rencontré les Gilets jaunes. La première chose qu’ils ont réclamée, c’est un vrai dialogue. On ne peut pas dire : vous n’êtes pas content parce que vous n’avez pas compris la réforme. La réforme, il faut la co-construire avec les gens. La deuxième revendication, c’est la grande pauvreté. Il faut des mesures de pouvoir d’achat. »

Vous pointez donc un déficit de politique sociale ?

« J’ai depuis longtemps envoyé des signaux laser. Mais dès qu’on fait des propositions sociales, Bercy nous tombe dessus. Dans mon rapport sur la politique familiale, j’ai proposé une allocation dès le premier enfant. Bercy m’a dit : c’est trop compliqué. Il y a trois mois, j’ai porté une proposition avec le député Matthieu Orphelin, en faveur d’une prime mobilité-travail pour ceux qui travaillent à plus de 30 km de chez eux, dans les périodes où le prix du pétrole augmente. La technostructure nous a dit : impossible, c’est trop compliqué. Il y a deux semaines, l’idée a pourtant été reprise par Édouard Philippe. Il y a un moment où il faut plus se fier aux parlementaires qu’aux technocrates qui disent : ce n’est pas possible. »

Le quinquennat après cette crise n’est-il pas condamné à l’impuissance ?

« Non, je refuse cette idée. Le but de la politique est d’améliorer le quotidien des Français : on ne peut pas perdre trois ans. Ce n’est pas le coup d’arrêt des réformes mais encore une fois, il faut les co-construire. »

Il n’est vous est pas arrivé ces derniers temps de regretter votre engagement à LREM ?

« Non, pas du tout. Je ne me suis pas engagé pour me faire plaisir mais parce que j’étais révolté par les inégalités et les discriminations. Ce combat, j’y travaille toute la journée. Je n’ai pas de regret. Mais tout s’obtient en instaurant un rapport de force quelle que soit sa formation politique. Je suis là où il faut. »

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