Application numérique Stop Covid : pourquoi je suis contre

Application numérique Stop Covid : pourquoi je suis contre

Application numérique Stop Covid : pourquoi je suis contre

Le projet d'application Stop Covid a été écarté de la stratégie de déconfinement présenté aujourd'hui, c'est une sage décision du gouvernement. Il s'agit d'un outil inopérant qui entamerait durablement nos libertés.

Le traçage numérique des personnes infectées par le covid-19 afin d’améliorer les résultats de la stratégie de déconfinement ne doit pas conduire au fractionnement de nos droits. Pas plus qu’il ne doit introduire une logique de restriction de libertés ciblées et individualisées. Cela serait diamétralement opposé à nos libertés fondamentales et à notre culture républicaine.

Chacune et chacun de nous a accepté de renoncer à ses libertés en observant le respect des mesures de confinement. Il s’agit d’une mesure générale qui concerne tout le monde indépendamment de notre territoire d’habitation ou de notre condition. Au-delà d’avoir fait la démonstration de son utilité, tout comme le respect des gestes barrières, cela s’impose à nous dans la plus stricte égalité pour faire face au virus.
 
Cette technologie, dites du « traçage numérique », est basée sur la géolocalisation. Elle consiste à installer une application sur smartphone pour prévenir toutes les personnes, dans un périmètre défini par Bluetooth, que l’on est porteur du covid-19. Cette dernière reposerait sur le volontariat. J’ai acquis la conviction qu’en période de guerre Sanitaire, l’incitation morale des autorités politiques à recourir à cet outil, supprime de facto la notion de volontariat. Cela s’apparente à une consigne stricte. D’autre part, conformément aux réserves soulignées par des chercheurs de l’INRIA (institut chargé par le Gouvernement de concourir au développement de l’application), il pourrait s’exercer une pression sociale très forte sur les individus qui n’installeraient pas cette application nommée « StopCovid ».
 
Cette application ouvrirait la voie à des mécanismes d’exclusion. Les personnes déclarées porteuses du Covid-19 pourraient se voir refuser l’accès à un marché, une grande surface ou autre quand bien même elles respecteraient les gestes barrières et auraient besoin de denrées alimentaires.
 
Le suivi des personnes infectées constitue à cet effet une réponse inefficace et dangereuse. Outre le fait que le Gouvernement ne parvient pas à mettre un place un outil opérationnel techniquement et respectueux de nos libertés, organiser le traçage des personnes malades du covid-19 ouvrirai la voie à une forme de ségrégation.
Depuis des années, nombre d’acteurs se battent pour faire respecter le droit à l’oubli. C’est-à-dire de conférer les mêmes droits à des personnes qui ont été atteintes d’une pathologie cancéreuse ou qui sont porteuses du VIH. Nous avons longuement œuvré (et poursuivons l’effort) pour que ces personnes puissent par exemple contracter un prêt bancaire sans être victime de discrimination. Alors que ferons-nous pour les malades du coronavirus pistés sur une application mobile ? Sommes-nous vraiment capables d’assurer leur anonymat et de les protéger des éventuelles dérives ? Dévoiler son état de santé à son environnement proche, c’est prendre le risque d’abimer considérablement et durablement nos libertés.
Nous pourrions imaginer que ce projet d’application soit limité dans le temps, notamment à l’épidémie du Covid-19. Ce scénario me paraît peu probable. D’abord parce qu’aucun virologue ou épidémiologiste n’est en capacité d’affirmer combien de temps durera encore cette épidémie et si cette dernière est saisonnière. Ensuite, parce que si la démonstration est faite d’une part d’efficacité, cette application aura vocation légitime à s’élargir à toutes formes de pathologies contagieuse.
Poursuivant inlassablement des objectifs d’égalité entre toutes et tous, je ne peux accepter que certains d’entre nous soient exclus des mesures de déconfinement. Ce serait le cas avec ce projet d’application. La fracture territoriale demeure une réalité et nombre d’entre nous réside en « zone blanche » c’est-à-dire sans couverture numérique. Au-delà, 44% des personnes réputées les plus exposées aux complications du Covid-19, à savoir les personnes de plus de 70 ans, ne sont pas équipées en smartphones ou outils connectés. Que devrions-nous leurs dire ? Qu’elles ne peuvent pas prétendre à ces mesures de déconfinement ? Ce n’est pas acceptable, au nom du principe d’égalité sur lequel nous nous sommes tant battus.
 
Au-delà des seules considérations éthiques, nous pouvons nous interroger sur l’efficience de ce système pour enrayer l’épidémie. Pour être efficace, il faudrait qu’elle soit utilisée par 60% de la population. Or, nous savons que dans d’autres pays ce chiffre n’a même pas dépassé les 20%, à l’instar de Singapour. Dans aucun des pays où ce type d’applications a été déployé, son efficacité n’a été démontrée. C’est notamment la raison pour laquelle la Belgique ou l’Allemagne renoncent à ce modèle.
 
Dans le contexte que nous traversons, le numérique a pris une place encore plus importante dans notre quotidien et nous conduit donc à réfléchir dès maintenant sur son usage et ses potentialités. Le confinement de la population depuis le 17 mars dernier, a obligé un certain nombre de Françaises et Français à s’organiser pour travailler à distance ou pour assurer une continuité pédagogique avec leurs enfants en lien avec les enseignants. Cela n’est pas sans poser de difficultés mais ne risque pas d’altérer durablement nos libertés.
 
Je plaide pour que les moyens de déconfinement mis en place soient efficaces et pleinement respectueux de nos libertés. C’est la raison pour laquelle je m’oppose fermement au projet d’application de traçage numérique « StopCovid ».

 

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